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Voilier "Agur" au Port de Guiche
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De l'océan à l'Adour
Douze ans que je rêvais de ce moment : entrer dans l’embouchure de
l’Adour avec mon voilier, après une longue navigation en solo depuis la Polynésie Française, où je résidais depuis
1993. Cela m’a pris près d’un an, depuis Tahiti, en traversant deux océans (Pacifique puis Atlantique) et en doublant le
Cap Horn, avec son lot de frissons et de sensations fortes… Et ce mercredi 8 novembre 2006, alors que je quittais
l’Atlantique pour remonter l’Adour avec une énorme joie au
coeur, je voyais enfin le bout de mon rêve : accoster chez moi, au port de Guiche, l’endroit où j’ai grandi, le berceau séculaire
de toute ma famille, et amarrer mon cher voilier Agur devant la maison de papa et maman !
Un premier arrêt à la cale du Boucau,
où tous mes vieux copains locaux m’avaient réservé un accueil de roi : un corps mort d’amarrage m’attendait, et l’opération
de démâtage était également programmée. Inévitable si je voulais passer sous les ponts ! Le lendemain, après avoir retiré
le mât au quai de la SAREM, sur l’autre rive, j’ai largué les amarres pour ma dernière étape, la plus savoureuse, celle qui
me fait encore monter une petite larme d’émotion chaque fois que j’y repense : BAYONNE / GUICHE sur l’eau, par cette splendide
journée ensoleillée, impensable pour un mois de novembre. Mon frère et ses 3 enfants avaient embarqué pour l’occasion,
les jeunes ayant sans hésiter “séché” l’école pour une si belle aventure.
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L'Agur au Boucau
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Quant à moi, bien que le ciel fût d’un bleu immaculé, j’étais
sur un petit nuage ! Traverser Bayonne, sous le pont Grenet, le pont
Saint-Esprit, le pont du chemin de fer, le pont de l’autoroute, avant de retrouver peu à peu ma campagne natale, que
je n’avais jamais vue depuis l’Adour, pas plus que mon frère
d’ailleurs !
Par cette magnifique journée d’automne, la surface
de l’eau lisse comme un miroir nous renvoyait mille couleurs d’une beauté à couper le souffle… Et pourtant, j’avais circulé des
milliers de fois le long du chemin de halage, à pied, à vélo ou en
voiture, sans jamais soupçonner la vision majestueuse de cette promenade fluviale. Passé le pont d’Urt, le bassin de
l’Adour s’élargit en un immense plan d’eau, jusqu’au pont de Peyroutic
marquant le confluent et l’entrée dans la Bidouze…
Émotion, émotion…
Tous mes souvenirs de gosse se bousculaient dans
ma tête, moi l’enfant du bord de l’eau… Les bateliers d’autrefois,
le temps des gabarres et de l’important trafic fluvial de Guiche à Bayonne, pour l’exploitation des nombreuses carrières
de “castine” sur la Bidouze. Mes parents tenaient un bistrot à l’époque (la maison a gardé le nom “Au Tonneau d’Argent”), et
toute mon enfance a été bercée par les histoires des derniers bateliers,
que j’ai bien connus, les vieilles chansons de marins, et les dernières gabarres dont les noms restent gravés dans ma
mémoire : le Vallon, Les Arroques, le Guichadour, l’Aran, sans oublier le vaillant remorqueur l’Eclair… À l’époque, Guiche
comptait une bonne vingtaine de bateliers “inscrits maritimes”, qui vivaient au rythme des marées, et connaissaient par coeur la
route à suivre dans le lit de l’Adour, qui est peu profond, et recèle
quelques pièges pour la navigation.
Le chemin de halage était alors étroit et réservé, comme le nom l’indique, au “halage”
des gabarres, par traction humaine ou hippique, avant que la machine
à vapeur ne vienne les remplacer. On appelait le “petit voyage” les navigations dans la Bidouze, l’Aran, parfois le Gave,
transportant de l’enrochement pour consolider les berges, ou le “grand voyage” jusqu’au Boucau. Alors que nous approchions
de la cale du port, de nombreux guichots s’étaient amassés sur les berges pour nous applaudir, et une foule enthousiaste nous
attendait impatiemment sur la cale… Il est vrai qu’une arrivée de
voilier au port de Guiche était pour le moins inédite ! Après avoir amarré Agur, j’étais au septième ciel, au bout de
mon rêve, en prenant pied sur ce bout de quai au pied du pont, d’où j’ai plongé si souvent autrefois, et où étaient venus me féliciter
tous ces gens que je
connais depuis toujours et qui m’ont vu grandir. Séquence émotion ! Me voilà donc aujourd’hui
revenu au pays avec des souvenirs plein la tête, et je veux dédier mon
aventure à tous ces vieux bateliers de la Bidouze et de l’Adour qui étaient mes
voisins, ma famille, et que je côtoyais journellement : “Camérade”,
“Chiloun”, “Grand Jean”, “Nini”, “Pépé”, “Lafayette”, et tant
d’autres qui, s’ils étaient toujours parmi nous, seraient, pour sûr, les premiers
intéressés par mon voyage. Yves ROBERT |